07 avril 2013

Festival Panoramas #16 - Disiz Interview

Festival Panoramas #16 - Disiz Interview - Morlaix 2013 - Lucide - Extra-Lucide - Translucide

Après une heure de live nous avons eu l'occasion de poser quelques questions à Disiz : on revient sur précédents albums, on parle de la suite de ses aventures et de sa vision du monde.

Suck My Disk : Avec Extra-Lucide est ce que tu as voulu faire un album tourné pour le live ? Est-ce un reste de l'expérience Peter Punk ?

Disiz : Complètement, l'expérience Peter Punk m'a beaucoup servi, ça m'a permis déjà de me décoincer dans le sens où dans le rap français aujourd'hui il y a un cahier des charges tellement lourd que tu ne peux pas normalement t'autoriser à faire autre chose. Et le fait d'avoir osé faire Peter Punk ça m'a permis d'avoir plus de cartes dans mon jeu et de teinter la musique que je fais aujourd'hui de tout ça.


SMD : C'était quand même plutôt risqué comme pari, non ?
Disiz : Oui, surement, mais un artiste qui prend pas de risque aujourd'hui ce n'est pas vraiment un artiste. Mais en tout cas, chaque morceau était pensé pour la scène, à chaque fois il y a eu le test de la scène, il fallait que je transpose. C'est pour ça qu'un morceau comme C'est ma Tournée, par exemple, est directement pensé pour la scène et le partage avec le public.

SMD : Que penses tu du rap francophone aujourd'hui ?
Disiz : Il est varié et on ne peut pas le réduire à un truc, ni à moi, ni à Booba, ni à la Fouine ou Orelsan, c'est plein de chose le rap français. Il y'a plein de groupes, plein d'artistes comme Demi Portion qui n'est pas encore extrêmement connu, il y a Némir qui est en pleine puissance, ou encore Ladéa (NDLR : rappeuse avec qui il fait un featuring sur Elle t'a eu - Extra-Lucide).  Le rap en France est très large, il y a de tout, et pour tous les gouts et on ne peut définitivement pas le réduire à une seule chose.

SMD : Après un EP Lucide, un double album Extra Lucide, à quoi peut-on s'attendre avec Translucide ?
Disiz : Extra-Lucide était le plat de résistance et j'ai encore beaucoup de choses à dire. Dans Translucide j'ai forcé le trait sur tout, mais avec maitrise, c'est à dire qu'il y'a des morceaux qui sont encore plus en colère et d'autres qui sont encore plus happy. Et tout ça, ça tient en quelque chose de cohérent. Parce qu'à l'image de la vie, parfois tu es extrêmement en colère et parfois l'inverse. C'est une phrase peut être creuse, mais elle est vraie. 

Là où ça ne va pas, et c'est pour ça que j'ai choisi la thématique de la lucidité, c'est que quand t'es tout le temps en colère, c'est que rien ne va autour de toi, alors autant se foutre en l'air, et que quand t'es tout le temps happy, c'est que tu vis au pays des Bisounours, et ça ne va pas non plus.
Et la lucidité finalement c'est d'être entre les deux.

SMD : D'autres infos sur Translucide ?
Disiz : Il y aura bien évidemment un nouveau logo et ce sera un album simple avec une quinzaine de titres. Ca sortira à la rentrée, vers septembre. Mais il y aura des nouvelles de Translucide très bientôt, à l'Olympia où notamment vous pourrez en apprendre un peu plus.

SMD : Comptes-tu refaire les vendredi c'est Sizdi ?
Disiz : Oui c'est prévu.

SMD : C'est une volonté dans tes clips de faire tourner ta famille et tes amis ?
Disiz : Oui certains ont un côté un peu plus amateur, d'autres comme le dernier était plus travaillé cinématographiquement parlant. Mais c'est voulu, parce qu'il y a une réalité économique aussi derrière tout ça. Parce que si tu te sens obligé de faire des clips gros budgets à 30 ou 40 000€ , c'est que t'es trop dans l'ego, dans l'image, et tu ne t'en sors pas. 

C'est des barrières que j'avais avant, j'ai fais explosé tout ça, et ça me fait un bien fou. Aujourd'hui, en ce qui me concerne, la seule véritable chose que je recherche, c'est l'authenticité, dans tout ce que j'entreprends.

SMD : Tu as fait des collaborations avec Grems, Orelsan, Nneka. Comment tu choisis les personnes avec qui tu veux travailler ?

Disiz : Si tu remarques, les personnes que tu as cité, même Ladea, c'est des gens qui sont authentiques dans ce qu'ils font. Et j'ai besoin de ça. Par exemple Ladea et moi, on a pas forcément la même vision du monde et on ne dit pas la même chose dans nos textes. Quand j'ai commencé le rap j'étais très vulgaire, je ne le suis plus du tout ou en tout cas de moins en moins, Ladea elle, l'est un peu plus. C'est pareil pour Orelsan il a un côté un peu plus défonce, moi je ne suis pas comme ça, je ne bois pas par exemple. Mais, c'est quelque chose que je respecte parce qu'ils le disent bien, ils parlent de leur réalité à eux, et ils sont sincères dans leur réalité. Et c'est ça qui m'intéresse.

SMD : Avec qui voudrais tu travailler du coup ?

Disiz : Malheureusement, ce sont pour beaucoup des gens morts aujourd'hui. Marvin Gaye ça aurait été un rêve, Nina Simone aussi, j'en pleurerais. Et dans les vivants j'aimerais bien travailler avec Philippe Zdar, auteur de Cassius, et producteur de Phoenix, Beastie Boys ou Cat Power. J'aimerais bien travailler aussi avec Kendrick Lamar, et faire un morceau avec Nas. Entre autres.

SMD : DJ Mehdi ?

Disiz : Ah Mehdi, paix à son âme. Pour moi, Mehdi est le précurseur de ce que beaucoup de gens ont essayés de faire, et moi notamment. Dans le sens où la folle aventure de Peter Punk, que j'ai essayé de faire, c'est à dire, se couper du rap et faire du rock qui est presque blasphématoire pour certains rappeurs, lui il l'a fait à une époque où personne ne s'y attendait. C'est complètement fou ce qu'il a fait, que ce soit artistiquement ou sociologiquement. Il vient du rap, il a fait Ideal J, Ideal J et le Combat Continu est un des albums, si ce n'est l'album qui incarne le rap français au niveau du propos, au niveau de la musique. Et il a travaillé avec 113 donc il a aussi connu le côté mainstream du rap dans le bon sens du terme. Et là il dit j'arrête et je vais faire de l'électro avec tout ce que ça implique derrière. Certains lui ont crachés dessus à ce moment là. Mais lui il s'en foutait, il a fait ce qu'il avait envie de faire et pour ça c'est un mec fantastique.

SMD : Et qu'est ce que tu penses du public breton ? Faire l'ouverture du festival était une sacré responsabilité non ?

Disiz : Les bretons, ils sont cool. Pour tout vous dire, j'avais un peu peur au début, mais finalement, le public a répondu présent et ça fait très plaisir. Ca se prépare pas forcément comme un concert, où le public ne vient que pour voir un artiste, c'est pour ça par exemple qu'ici à Panoramas j'ai joué Dans le Ventre du Crocodile que je ne fais pas d'habitude sur scène. On prépare un peu différemment, mais l'intention au final est la même.
Et ça faisait longtemps que j'étais pas venu en Bretagne, c'est toujours un plaisir et j'aimerais bien revenir, aux Vieilles Charrues peut-être ! (rires)

SMD : Merci à toi en tout cas !
Disiz : Merci à vous !

Au final, l'interview qui devait durer 5 minutes s'est transformé en discussion bon enfant , mettant même en retard Disiz pour le concert de Son of Kick.

Bref, on était venu à la base pour l'électro, finalement on tombe sur un Disiz accessible, généreux et bienveillant. Et ça, c'est assez rare pour être souligné.


Festival Panoramas #16 - Disiz Interview - Morlaix 2013 - Lucide - Extra-Lucide - Translucide

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